mercredi 12 avril 2017

Now I understand...


Ce matin nous sommes allées boire notre thé habituel sur l’esplanade et avons observé avec « horreur » que les chaises avaient été enlevées. Ont-ils également estimé qu’il était temps de mettre fin à nos pauses café ? Ce serait le comble ! Mais peut-être pas si impossible, ceci dit Ramadan arrive sous peu et d’une façon ou d’une autre même si les chaises réapparaissent il nous sera impossible de les utiliser pour une telle démarche !

Mais non, je vous rassure après une rapide enquête, nos droits à lézarder (que dis-je à travailler ardemment en plein air) ne sont pas remis en cause. Les personnes de la logistique ont tout simplement été très prudentes et les ont rangées pour qu’elles ne souffrent pas (et les bâtiments en verre non plus) de la tempête de sable.

Tempête de sable ? Quelle hérésie !! Le ciel est d’un bleu immaculé et il fait une chaleur exceptionnelle. De quoi parlent-ils ? Ils sont fous ces romains (ou philippins en l’occurrence) !

Nous rentrons donc gentiment dans notre bureau et nous renfermons l’espace de quelques heures. Ayant un rendez-vous téléphonique important, je rentre déjeuner à la maison en bicyclette comme à mon habitude.   

Il faut alors que je me rende à l’évidence : les romains comme toujours avaient vu juste ! Il s’en est fallu de peu pour qu’une petite tornade ne me propulse à terre alors que je pédalais tranquillement. J’avoue que cela réveille tout à coup et je ne vous parle pas du goût sablé qui a envahi ma bouche depuis, ou le sable qui, comme je peux facilement l’imaginer, a du s’amuser à recouvrir tous mes meubles intérieurs alors que les portes sont restées fermées toute la journée.

Maintenant que j’y pense, je ne sais pas ce que je considère plus difficile à gérer : tempête de sable ou tempête de neige ?  Les chinois, eux, ont compris depuis belle lurette, dès ce matin ils sortaient équipés de leurs masques et je les regardais en rigolant… Tel est pris qui croyait prendre !

samedi 8 avril 2017

Semaine médicale

Poussée par une soudaine crainte de ne pouvoir trouver de solution aux trois mois de carence imposée par la sécurité sociale à mon retour en France, j'ai décidé de prendre tous mes rendez-vous médicaux cette semaine. Oui, je sais j'aurais au moins pu les étaler un peu mais... le temps presse et je serai beaucoup trop occupée à partir du mois de mai pour m'autoriser ces pauses aléatoires dans mon emploi du temps professionnel. Heureusement, la clinique est à cinq minutes en vélo du bureau et les docteurs nous prennent généralement à l'heure.

Ma conclusion de cette semaine pittoresque - car toute visite chez le docteur dans un pays qui n'est pas le vôtre est toujours une aventure - pourquoi est-il si simple de faire des radios générales des dents alors qu'il est si horrible de faire une mammographie?

En effet, mon petit âge avançant il m'a fallu me résoudre à faire cet examen délicat dont j'avais tant entendu parler mais que j'avais repoussé jusqu'au dernier moment. Je dois reconnaître et remercier la vie pour la chance qui m'a été offerte de ne jamais avoir eu à en faire un auparavant et de pouvoir m'y rendre cette fois l'esprit relativement libre. Je n'ose imaginer la position de toutes ces femmes qui ont soit un cancer et souffrent déjà beaucoup, soit un gros doute sur leur état de santé. Cette machine a dû être inventée par un homme ce n'est pas possible. L'appareil que nous avons reçu ici est de dernier cri donc je suppose qu'il est encore plus agréable que n'importe quel autre vieux modèle. J'ai été épaulée par une fort sympathique philippine, plus douce qu'elle tu meurs, mais je n'ai pu m'empêcher de m'imaginer le faire dans des conditions moins sympathiques. Je n'arrive toujours pas à concevoir qu'il n'y ait pas une possibilité de construire un appareil qui soit un peu plus agréable et facilement opérationnel. Vite, une chercheuse scientifique qui se met sur ce sujet, s'il vous plaît. Il y a définitivement un brevet et un marché à exploiter !  Heureusement, à la fin de la visite ma petite philippine n'a pu s'empêcher de me confirmer que tout semblait bon et que je pouvais continuer ma petite vie tranquille.

Ma visite chez le dentiste fut elle aussi très intéressante. Un jeune docteur formé en Suède et directement venu de Jeddah à commencer par faire don de son charme pour ensuite m'annoncer la mauvaise nouvelle. Un petit scanner général (eh bien oui autant utiliser tout le matériel dernier cri du coin au frais des assurances maladie) a démonter sa thèse initiale sur la belle tenue de mes dents. Mes deux dents de sagesse du haut ont généré quelques cafouillages et il serait plus sain de les enlever. Oh non, ce n'était pas vraiment prévu, ai-je vraiment envie de mettre ma bouche entre les mains de dentistes ici pour une telle opération. Surtout que lui, qui me parait pourtant très apte ne vient que très rarement et ne sera pas la personne indiquée...

Convaincue qu'il vaut encore mieux le faire ici et demander un jour de congés le lendemain si besoin que de le faire en plein milieu de mon installation en France, je signe pour quatre rendez-vous additionnels chez le dentiste: deux extractions, un d'hygiène globale et un filling.
La première extraction, réalisée par un chirurgien maxillo-facial tunisien, même si toujours endormie, s'est très bien passée mais restez postés pour les prochains détails de ces rendez-vous à venir! Quelque chose me dit que j'aurais encore plein de choses à partager...


vendredi 24 mars 2017

Un pays plein de contrastes...

et en évolution constante!

Après avoir tellement décrit le caractère plutôt conservateur de Qasim, j'ai eu l'impression de voyager à une toute autre contrée quelques jours plus tard alors que je me rendais à Jeddah pour une exposition culturelle. C'est en effet l'expo 2139 à Jeddah en ce moment (http://www.21-39.com) et à cette occasion j'avais pu visiter trois galeries dans la même soirée.

Accompagnée de mes amies artistes je me trouvais bien petite devant leur connaissance et leur analyse des oeuvres d'art mais ai malgré tout adoré pouvoir interagir avec les artistes directement et mieux comprendre leurs expressions artistiques. L'une des peintres, ou plutôt réalisatrice d'un collage, m'a particulièrement frappée par ses propos et n'ai pu m'empêcher de lui demander si elle s'exprimait aussi ouvertement avec toutes les personnes qui la questionnait sur son oeuvre. Un collage sanctionnant clairement le rôle de la religion dans la société Saudi et son impact sur la soumission des personnes.

Une autre représentait, par une oeuvre que je n'aurais absolument jamais comprise si je ne l'avais rencontrée, la règle des 21 jours qui nous permet de modifier positivement nos schémas habituels (qui eux peuvent être plutôt négatifs) et qui peut parfois nous mettre la tête à l'envers.

Mais ce qui m'a le plus frappée c'est cet atmosphère tellement relax et venu d'une autre planète: un grand nombre de filles portaient leur abaya ouverte ou laissaient dépasser des jeans troués par les trous.
Au troisième étage, on se retrouvait dans un cadre digne d'un des bars les plus populaires de la rue de la soif, alcool en moins. Des jeunes libres des contraintes habituelles interagissaient en toute gaieté autour d'oeuvres artistiques remarquables. Un vrai délice!

Nous avons quitté cet espace exceptionnel pour retrouver les galeries un peu plus traditionnelles mais qui présentaient néanmoins des artistes locaux très intéressants. Tous étaient présents, expliquant chaque petit détail et toutes les symbolisations exprimées dans leur oeuvre. Au risque de me répéter, un vrai délice! J'expose ci-dessous quelques-unes des oeuvres qui m'ont le plus interpelée. Nous avons terminé en Guest VIP grâce à notre amie qui était au préalable curatrice de cette galerie et avons découvert une magnifique terrasse sur le toit de l'édifice, transformée en marché des saveurs internationales pour l'occasion. L'ambiance cette fois était digne d'un soir d'été sur la côte d'azur. Il ne manquait plus que les cigales et le petit verre de rosé. Pour être complètement honnête malgré tout, il aurait peut-être aussi fallu baisser la "ventilation" puisqu'une tempête de sable se levait lentement ce soir là et diminuer le thermostat car la température restait élevée, agrémentée d'une couche de sable peu agréable qui venait nous recouvrir les papilles.










Quelques semaines plus tard, le changement continuait sa petite avancée et nous étions informés d'un spectacle de cirque mixte qui se présentait à Jeddah. En France, je dois avouer que le seul cirque que j'ai du voir au cours des 20 dernières années a été le Cirque du soleil (qui vient apparemment en 2018 à Riyadh!!) mais je ne pouvais manquer cet événement. Nous avons donc, non sans mal encore une fois, acheté nos billets et pris la direction de Al Balad lieu qui semblait indiquer sur le site web. 90 minutes et nombre de bouchons plus tard, nous découvrons un superbe festival à Al Balad mais aucune trace du cirque.

Non, le cirque ne se tient pas ici mais au Red Sea Mall, il nous faut donc rebrousser chemin et remonter vers le nord, d'où nous venons exactement. Au Red Sea Mall, personne ne sait nous aiguiller sur le lieu exact du spectacle. Prêts à rendre les armes et à nous contenter d'un repas au restaurant, nous rencontrons finalement un charmant officier d'information qui nous apprend que le lieu est en fait à dix minutes du Mall. Une heure après le début indiqué du spectacle, nous entrons enfin dans l'arène. Les sièges dans notre catégorie étant totalement occupés, nous sommes surclassés et pouvons assister à quasiment la totalité du spectacle. Autant dire qu'une bonne majorité de spectateurs a dû se perdre comme nous. La performances des acteurs m'a fait réaliser combien ceux du cirque du soleil sont vraiment très bons mais pour leur défense, opérer devant un public qui n'a pas l'habitude d'applaudir ou de montrer sa joie et de partager ses émotions positives publiquement n'a rien de très simple non plus. Plusieurs fois, ils ont essayé de mettre en avant leur performance et n'ont reçu que de maigres applaudissements. Les gens entraient et sortaient régulièrement pendant le spectacle et comme au ciné n'hésitaient pas à rentrer avec leurs paquets de chips ou autre alimentation en faisant le plus grand bruit. A peine terminé, les spectateurs se sont rués vers la sortie sans réellement remercier les personnes sur scène. Une attitude qui ne doit pas être simple à gérer lorsque l'on est sur scène.

Malgré tout, le spectacle était vraiment très beau et le seul fait qu'il puisse avoir eu lieu en soit est un miracle!


samedi 4 février 2017

Al Qasim, la Rome antique de KSA

Un voyage auquel je m'étais inscrite sans vraiment penser que j'irai réellement vu que je n'avais pas payé mes dus. Mais deux jours avant le départ, me voici informée que l'on m'attendra à 16 heures pour se rendre à l'aéroport. Oops, il va falloir que je négocie une sortie du bureau plus tôt. 
Ces petits détails réglés, me voici en partance pour Al Qasim. "Mais qu'est-ce que tu vas faire là-bas? Il n'y a rien à voir. Ils sont tellement conservateurs là-bas.", me disait-on. Pleine d'insouciance, et sans vraiment connaître le programme, vous connaissez la chanson, je m'embarquais pour cette nouvelle épopée. Les yeux toujours pleins d'étoiles suite à mon excursion à Tabouk, je m'attendais à une tout aussi belle expérience...

Mais...la réalité fut quelque peu différente. Ne vous y trompez pas, j'ai quand même réussi à prendre plus de 200 photos, il ya donc bien des choses intéressantes à voir. Mais... les conditions du voyage m'ont confrontée à une toute autre réalité de la vie dans cette contrée et je suis rentrée les yeux plutôt humides ou du moins gris nuageux. 

Il m'est de plus en plus clair que ma relation aux hommes a toujours été quelque peu compliquée. Oui, je sais,  j'arrive enfin à l'âge de raison. Mieux vaut tard que jamais! Et j'ajouterais, encore plus lorsqu'ils sont relativement machistes et cherchent à contrôler mes faits et gestes. Sachant cela me direz-vous pourquoi suis-je allée en Colombie et me retrouve maintenant en KSA où cet aspect est encore plus criant. Excellente question, merci de me l'avoir posée!

Toujours est-il que ce voyage a dégagé en moi une intolérance pour ce genre de personnages à son paroxysme. L'agenda, que j'aurais dû regarder plus attentivement probablement, était complet voire trop complet. Comme à chaque voyage, le guide souhaite nous faire découvrir les 1001 merveilles de sa région et ne se rend pas nécessairement compte que nous nécessitons plus que deux minutes pour les observer et les apprécier comme il se doit. Je suis généralement allergique aux tours guidés mais au vu de ma condition féminine, c'est à peu près la seule chance qui m'est offerte de visiter ce beau pays. Très vite la moutarde m'est montée au nez lorsque nous étions pressés de nous dépêcher, de prendre moins de photos pour nous rendre dans l'autre site touristique. Mais je décidais de naviguer un peu ces émotions et de profiter du côté positif de ce voyage. 

Dans chaque lieu visité, un protocole d'accueil saudi s'imposait: nul ne sortira de ce lieu sans avoir manger au moins une datte, bu une tasse de café saudi et terminé cette collation par un petit biscuit et un petit thé bien sucré. Après quatre accueils de ce style, vous n'avez qu'une seule envie, celle qui vous impose de sortir au plus vite!

Mais le plus dur restait à venir... Un petit détour par les festivals où nous étions bien sûr attendus comme personnalités importantes, cameramen et autres personnages des médias à l'appui. Nulle question de s'échapper et d'aller faire le tour des stands en individuel comme j'en avais pris l'habitude auparavant. Vous resterez tous groupés et nous visiterons les stands tous ensembles. Mon esprit rebel s'est enflammé et j'ai profité d'un petit moment d'égarement de nos guides pour m'envoler avec une amie. Bien sûr la négociation des prix est beaucoup plus compliquée lorsqu'aucun des deux camps ne parlent le même langage, mais qu'importe! Au final ce ne sont que des chiffres et même si certaines commerçantes ignoraient notre système, il y avait toujours un ou une passante qui nous aidait dans la traduction. Les femmes, toutes couvertes de leur niqab, nous saluaient, nous souhaitaient la bienvenue et parfois nous demandaient une photo, non sans au préalable s'être regardée pour s'assurer de... je ne sais quoi exactement car seuls leurs yeux apparaissaient. Certaines s'exprimaient parfaitement en anglais, avec d'autres par contre nous nous amusions à interpréter nos langues respectives pour établir un semblant de communication. Le mutawa lui par contre n'a eu aucun problème à se faire comprendre, même s'il ne parlait pas un mot d'anglais, lorsqu'il nous a gentiment engueulé et demandé de nous couvrir le visage (ce que nous n'avons pas fait bien entendu). Des expériences que l'on ne peut vivre si l'on se promène à plusieurs... 

Le lendemain a donné lieu au même rythme effréné et nous avons pu expérimenter un deuxième festival. Les conditions se sont avérées très distinctes cette fois malheureusement. Ayant appris de leurs "erreurs" antérieures, nos guides ont décidé cette fois que nous n'aurions aucun échappatoire possible. S'éloigner de 10 mètre générait un harcèlement sans limite et toute distanciation du groupe donnait lieu à d'interminables discussions. Bien sûr, ces hommes ne souhaitaient en aucun cas que nous nous promenions seules. Je conçois que ce ne sont pas les coutumes de la région mais nous sommes clairement étrangères et n'avons aucune envie d'aller danser (quoique) dans la rue sans faire attention à notre environnement. Nous ne faisions rien de mal, et prendre des photos ne se fait pas en une seconde. Je n'ai pas non plus l'intention de passer 10000 ans devant un stand qui ne m'intéresse absolument pas lorsque je pourrais aller parler avec l'artiste ici présent qui souhaite vendre ses oeuvres d'art. Mais l'organisation en avait décidé tout autrement et même ce petit écart m'a été refusé. Autant dire que ma petite bouilloire était au bord du sifflement. Et comme si cela n'était pas suffisant, tous ces messages m'étaient transmis d'une manière très peu respectueuse (selon mes critères). 

Mais l'impact le plus important de ce voyage est venu quelques heures plus tard. Jusqu'à présent chaque fois que nous avions voyagé nous n'avions pas vu de femmes, étant toujours accueillis par les guides masculins. Naviguer ainsi "librement" dans ces festivals nous a fait découvrir une toute autre réalité. Ces femmes portaient toutes le niqab ou étaient complètement couvertes avec ce que je qualifierais de masque d'escrime directement intégré dans leur abaya. Ne pouvoir voir aucun de ces visages, observer tout ce noir à chaque coup d'oeil échangé, ne pouvoir reconnaître cette femme qui nous a saluées si gentiment il y a quelques secondes car elles se ressemblent toutes de par leurs yeux maquillés à l'identique... Tout cela finit par vous peser sur le système sans même vous en apercevoir et les idées noires s'incrustent également. 
Tout ceci cogitait plus ou moins sereinement dans ma petite tête lorsque l'heure du retour a sonné et que je me suis trouvée nez à nez avec l'un de mes étudiants. Il avait étudié 6 ans aux Etats-Unis et est maintenant de retour sur le campus pour le Master. Je n'avais aucune idée qu'il était de cette région. Il me paraissait relativement libéral et avait toujours un mot très sympathique sur ce que je portais ou autre. Le voir entrer dans l'avion, accompagné d'une dame entièrement couverte, m'a soudainement fait un choc. Quelle expérience difficile celle de passer d'un monde aussi conservateur à cette société libérale aux U.S. pour ensuite revenir à ses racines et revivre dans ces conditions. Je n'ai pu m'empêcher de me demander ce qu'il pouvait ressentir et comment il pouvait interagir avec cette vie locale. 

J'ai eu l'occasion d'aborder le sujet depuis avec mon amie Nada. Pour la première fois, je me suis aperçue que sa famille elle-même était conservatrice. Elle me l'avait mentionnée mais en visionnant les photos du mariage de sa soeur, j'ai pu constater que toute les femmes (mère et soeur) se couvrent et qu'elle est la seule à porter le hijab. Une situation qu'elle m'a décrite comme difficile mais qu'elle arrive malgré tout à soutenir. Son père fort heureusement la soutient même si parfois en son fond intérieur elle sent bien que face à la famille son support n'est pas aussi fort. Ses frères par contre sont beaucoup plus conservateurs et ont encore du mal à comprendre sa personnalité et son indépendance. Aller à la banque avec son frère est devenu un cauchemar: il est soit trop soucieux de ne pas se montrer avec une femme non couverte ou trop attentionné pour ne pas la laisser seule et lui permettre de parler seule au guichet. J'espère juste que son père restera de ce monde jusqu'à ce qu'elle décide ce qu'elle souhaite faire de sa vie car sinon ses frères risquent de la marier au premier conservateur venu. 

Et dire que je pensais avoir souffert lors de mon choc culturel inverse en rentrant en France la première fois. C'était du gâteau en comparaison.    

Après avoir dormi de plus longues heures et repris mes esprits, j'ai pu remonter un peu mon humeur et découvrir une toute autre société à Jeddah ce week-end. J'ai eu le sentiment de m'être exilée l'espace de quelques instants grâce à l'expo artistique 2139 dont je vous parlerai dans un prochain poste. En attendant, voici "quelques" photos de ce week-end tumultueux! 





jeudi 19 janvier 2017

Un court passage en France...

Rien de plus frustrant que d'atterrir dans son pays sans pouvoir sortir de l'aéroport. Le petit inconvénient de prendre Air France pour se rendre aux U.S.. Mais je dois avouer que mon choix était plus que très intéressé car je trépidais d'impatience à l'idée de pouvoir visionner de bons petits films français. Air France devient donc l'espace d'un instant le cinéma préféré de mes temps modernes sans culture cinématographique.

Curieusement, ma sélection comprenait deux films tournés en Bretagne, l'occasion de se replonger dans ces beaux paysages, j'aurais juré que l'air iodé m'arrivait aux narines. "L'avenir" avec Isabelle Huppert m'a permis de passer quelques heures agréables à me remémorer ces terribles épreuves de philosophie et les joies que l'on éprouvait à converser et argumenter pendant les cours sur des sujets plus ou moins pertinents. J'ai trouvé "Les châteaux de sable" poignant et très d'actualité. Emma de Caunes très poignante et vraie. La fin un peu trop happy ending m'a laissée sur ma faim mais globalement un film très émouvant, des paysages magnifiques qui représentent à merveille cette région - curieux de se retrouver soudainement propulser à Paimpol!

Autre film plus dérangeant pour certains probablement "La belle saison" avec Cécile de France. Curieusement, j'ai fait mon choix en fonction de l'actrice et elle ne m'a pas déçue! J'ai appris à vraiment l'apprécier et ses films ont souvent un fort impact sur ma petite personne. Beaucoup de sujets délicats sont traités dans cette histoire: le MLF, les relations homosexuelles et leurs conséquences sur la société et la famille, la vie à la campagne.... Des scènes osées - ou peut-être suis-je devenue un peu trop puritaine - des dialogues intéressants, des transitions et silences qui favorisent la réflexion... Un vrai plaisir!

Et j'ai finalement terminé le voyage avec "Tout pour être heureux", un film poignant, triste et réaliste sur le métier de l'intermittent du spectacle, la vie de couple ou plutôt "comment passer à coté de sa vie de couple et ne s'en apercevoir que lorsqu'il est trop tard!" Pour une fois, j'aurais aimé un happy ending mais non. Un film excellemment tourné qui m'a hantée jusqu'à ce que je puisse voir la fin à la maison. J'aurais presque voulu que l'avion reprenne son envol pour pouvoir le terminer sans souci. :-)


Ces nombreuses heures de cinématographie ne m'ont par contre pas permis de me reposer après cette semaine marathon à Atlanta. Enfin, je devrais plutôt dire à l'hôtel car d'Atlanta je n'ai pris que quelques photos depuis ma chambre et ne suis sortie qu'une seule fois pour aller dîner le premier soir.

Qu'ai-je fait de mes journées? J'ai préparé cet événement où se réunissaient quasiment 500 étudiants pendant trois jours. Avec la conférence a débuté ma série d'entretiens individuels avec les étudiants qui bien souvent étaient dans des situations difficiles. J'avoue que je suis contente d'avoir terminer ma formation depuis quelques mois et d'avoir pu mettre à profit certains de mes enseignements. Je lisais il y a peu que les étudiants aux U.S. souffrent de plus en plus de dépression et éprouvent beaucoup plus de difficultés psychologiques que les générations précédentes. Honnêtement, nul besoin de faire de longues recherches scientifiques. Je me suis entretenue avec 35 étudiants pendant trois jours et je dirais que 75% ont été diagnostiqués dépressif, souffrant de ADHD ou de bipolarité.

Cette dernière spécification continue de me laisser dubitative. En effet, beaucoup des étudiants diagnostiqués bipolaires expriment cette inconsistance entre ces moments de très positive énergie et ceux de niveaux beaucoup plus bas. Leurs résultats académiques en dépendent fortement malheureusement et se dégradent petit à petit. Je ne peux m'empêcher d'être perplexe néanmoins. Pour des étudiants qui vivent si loin de leur culture et de leurs familles, n'est-il pas normal de se sentir vraiment seul, isolé et parfois déprimés. Cela veut-il dire nécessairement qu'ils sont bipolaires et pourquoi leur indique-t-on la prise de médicaments sans même prendre le temps de comprendre leur désespoir et leurs doutes.

Tout le week-end, je n'ai fait que poser les mêmes questions: "qu'est-ce qui se passe? pourquoi as-tu de tels résultats?" et les réponses étaient toutes plus ou moins identiques "Je ne sais pas, je n'y arrive plus, j'avais l'habitude d'avoir d'excellentes notes et je suis devenu un bon à rien, je n'arrive plus à me lever." Ils n'arrêtent pas de ruminer, de se comparer aux autres qui selon eux réussissent si bien, mentent à leurs parents ou se replient dans leur caverne sans oser avouer à qui que ce soit qu'ils ont des difficultés, ils ne crient pas à l'aide, certains - même si peu nombreux - s'envolent vers un espace de liberté et célèbrent leur jeunesse un peu trop largement. Mais lorsqu'on les invite à regarder un peu plus ouvertement ce qu'ils ressentent, à analyser les différents schémas qu'ils reproduisent et qu'on leur propose un plan d'actions concret pour remédier à cet état dans les prochaines semaines, leurs yeux recommencent à s'illuminer d'une lueur d'espoir. Bien sûr, il est trop tôt pour crier victoire mais un petit pas a été fait dans la bonne direction.

Une question semblait rendre muets tous les étudiants "et pourquoi tu étudies ce programme, que veux-tu faire après avoir obtenu ce diplôme?" et m'a ramenée plusieurs années en arrière. Comme les étudiants d'école d'ingénieurs françaises, ces étudiants saoudiens ont étudié dur pour pouvoir obtenir notre bourse et sortir de KSA, ils ont poursuivi leurs efforts pendant l'année de préparation à l'université pour accéder à la meilleure université de leur choix mais... malheureusement une fois acceptés, ils ne savent plus vraiment pourquoi ils sont arrivés à ce niveau et se lever le matin devient un véritable calvaire. Il semble qu'un premier choc puisse se produire en Freshman year et pour ceux qui en ont été exemptés, il arrive en Junior Year, année où l'étudiant commence à réellement étudier les cours importants de sa carrière et à voir ses années étudiants se terminer...

Tant de choses gravitent dans mon esprit pour les aider mais la structure actuelle ne laisse que très peu de champ libre malheureusement...

samedi 7 janvier 2017

Transitions of transnationals

Hier soir je m'étais inscrite pour une conférence "Transitions". Avant de m'y rendre (ou plutôt de commander le taxi) j'avais pour une fois relu la description de l'intervenante. Quel miracle! Le thème relevant des compétences interculturelles et la conférence étant réservée aux femmes, j'étais plutôt optimiste sur l'expérience que j'obtiendrais...

Sauf que le programme fut tout autre. Le sujet était en fait "Transitions for transnationals". Au lieu de deux heures de conférence, nous avons eu droit initialement à un petit quizz totalement orienté "culture générale des femmes américaine". Humm, il y avait plus de 20 nationalités présentes dans la salle, avait-on besoin de rester aussi ethnocentrique? Je n'essaie pas de justifier mon ignorance totale des réponses, je suis une nouvelle fois un peu critique sur certaines façons de penser: bien des femmes dans le monde ont brillé dans l'histoire sans être obligatoirement nées sous le drapeau étoilé! Malgré cette dynamique, toutes ces femmes paraissaient en extase de se retrouver et donnaient l'impression d'être redevenues des petites filles à l'heure du quatre-heure, heureuses de se retrouver au parc loin des regards des mamans. Sauf qu'en l'occurrence c'était loin de leurs maris qu'elles se trouvaient. 

Lorsque la conférencière a débuté son discours, les brouhahas ne se sont pas pour autant interrompus malheureusement et je soupçonne que n'importe quel sujet les aurait motivées à se retrouver dans ce lieu fort sympathique et réservées à elles seules. 
Malgré tout, il a été possible d'aborder certains sujets difficiles et de me confronter à une autre réalité: celle des femmes expatriées mariées à des Saudis qui sont venues s'installer ici après avoir vécu une décennie au moins ensemble dans leur pays d'origine ou dans un autre pays. L'intervenante, mariée à un pilote saoudien, a dû émigrer après le 11 septembre: les événements ayant rendu tout recrutement de son mari impossible aux U.S.. Psychologue, a priori renommée aux U.S., elle avait l'habitude d'intervenir publiquement sur ses sujets d'intérêt et de pratiquer beaucoup de sports. Initialement, elle s'est vu suivre les instructions de son mari: tout ceci appartenait au passé et n'étais plus envisageable dans son nouveau pays. Au-delà de la prise de poids, il a eu le droit à une complète remise en cause de son identité. 
Beaucoup se plaignaient de ne plus savoir comment occuper leur journée, toutes promenade ou courses dans les magasins seule devenant tout de suite un calvaire voir interdit dans certains cas. Une fille plus jeune soulignait qu'elle avait réussi à s'inscrire dans un club de randonnée mixte qui organise également des joggings sur la plage en semaine. Certaines se sont mises immédiatement à rêver mais l'idée de demander la permission à leur mari pour participer à une activité mixte a très rapidement éteint la lumière dans leurs yeux. Il semble néanmoins qu'un nouveau club de gym se soit ouvert pour les femmes, une nouvelle lueur d'espoir pour certaines qui peuvent ainsi se retrouver plus facilement et plus régulièrement tout en évacuant le stress ambiant. 
Une autre personne clamait ne plus avoir de vrai pays d'attache après avoir vécu sur tant de continents. Mais curieusement, elle ne cessait de vanter les mérites de son pays natal, la Norvège, et malgré sa supposée ouverture d'esprit a lâché le commentaire le plus cruel de la soirée sur l'Arabie Saoudite. Car bien sûr, très vite le débat s'est tourné vers les côtés négatifs de notre pays d'accueil, certaines ne supportant pas l'idée de rester dans ce pays un mois de plus, d'autres souhaitant profiter de l'entrée à l'université de leurs enfants pour s'exiler avec eux dans un autre pays...

Ces commentaires acerbes sont-ils réellement liés à la seule difficulté de l'Arabie Saoudite? Je ne pense pas... J'ai rencontré ce même phénomène fréquemment lorsque je me réunissais avec des expatriées en Colombie ou aux U.S. et les étrangers réagissent souvent ainsi vis à vis de la France. La conférencière l'a bien soulignée à la fin: dans ce genre de situation, chacune a tendance à s'oublier en voulant s'intégrer au mieux et finit par accepter ces petites choses insignifiantes initialement mais qui prennent des proportions dramatiques par la suite. KSA, de par ses règles plus spécifiques pour les femmes, semble juste écourter fortement la période "lune de miel" qui généralement correspond au début de toute expérience de mobilité internationale. 

Il est vrai que même si on le souhaitait, on ne saurait trouver toutes les questions nécessaires pour nous aider à peindre la réalité qui nous attend lorsque l'on décide de venir vivre en KSA. Même essayer d'expliquer cette réalité à ceux qui y sont étrangers est difficile. Il y a tant de choses auxquelles on accepte de se soumettre ou que l'on décide de respecter au risque de devenir schizophrénique et qui paraissent si peu cohérentes aux personnes de l'extérieur. 

Mais comme l'a très bien conclu Kim, l'essentiel est de rester True to yourself dans toute cette aventure!   

Circulez y a rien à voir...

En décembre, j'ai eu l'occasion de m'exiler le temps d'un week-end à Bahrain pour une petite conférence de l'association de coaching international ICF. L'événement réunissait les coachs répertoriés par l'association à Bahrain et en Arabie Saoudite. Le premier événement de ce type. A ma grande surprise, il y a avait plus de coachs Saudis que de Bahrain, plus d'hommes que de femmes avec la surprise de voir quelques-uns de ces hommes aux allures internationales et qui pourtant ne pouvaient me serrer la main.


Comme d'habitude, je me suis enregistrée sans vraiment très bien savoir dans quoi je m'embarquais.
J'ai été agréablement surprise. Les personnes ont vraiment été très accueillantes, leurs réflexions et discussions m'ont permis de mieux cerner les aléas de ce métier. Certaines techniques d'animation de groupe m'ont paru particulièrement intéressantes: "Deep Democracy Group Process" qui initialement paraissait appartenir à un autre monde, plus proche de mes débuts professionnels, s'est avéré une très bonne technique de résolution de conflits dans une équipe. Et le "Feeling Forward" une approche que l'on devrait adopter dans chacune de nos interactions. 



Mais, me direz-vous, tout cela est bien intéressant mais je n'y comprends pas grand chose... Qu'y a-t-il d'intéressant à voir à Bahrain? Ma réponse: si vous n'êtes pas intéressé(e) par le grand prix de formule 1, que vous n'êtes pas dans la nécessité extrême d'accéder à un coiffeur correct ou de boire une goutte d'alcool - pas grand chose. Le seul quartier que je recommanderais fortement est: Aliya où l'on retrouve de sympathiques restaurants dans des petites rues aux allures européennes, agrémentées de quelques oeuvres d'art.   




Les restaurants où nous avons pu déambuler montraient beaucoup d'extravagance, d'expatriées un peu trop sexy pour leur âge et une envie démesurée de dépenser beaucoup d'argent... Bien sûr, des gens tout à fait "normaux" vivent également sur ce territoire mais au vu des coûts de la vie quotidienne, je ne suis pas certaine que la vie soit très facile pour eux. Tout n'est qu'hôtel et attractions touristiques - légales ou pas - et peu de secteurs industriels se sont réellement implantés. Il faut dire que le pays est relativement petit et se peuple chaque week-end au triple en raison des Saudis et Koweitiens qui viennent faire leur "shopping".