mardi 10 mai 2016

Quand la vie m'offre ses leçons sur un plateau...

Je ne peux m'empêcher d'écrire ce soir, incapable de me concentrer sur le sujet qui devrait pourtant m'occuper depuis des semaines : comment améliorer son optimisme. Pourquoi, me direz-vous, suis-je sensée explorer cette question? Pour résumer une longue histoire, c'est le sujet que je me suis vue attribué pour ma prochaine formation à Dubai et être certifiée Coach en intelligence émotionnelle (ou EQ Coach). 

Malgré les nombreuses années d'apprentissage et tous les efforts que j'ai pu faire pour apprendre plus théoriquement et moins empiriquement, il semble que la vie elle-même me rappelle que rien ne rentre dans mon cerveau si je ne suis pas soit sous pression ou que je vive les faits eux-mêmes pour les intégrer et comprendre complètement. 

L'optimisme donc.. Curieux sort que d'être choisie pour ce thème si étroitement lié à mon développement personnel. Ma terre d'origine est loin d'être reconnue pour sa culture optimiste, je la remercierais plutôt de m'avoir transmis un fort esprit critique, la possibilité d'argumenter et mon goût pour la culture. Mais... tous ces atouts sont aussi teintés d'une couleur un peu plus sombre: le pessimisme. Avez-vous déjà remarqué que pour signifier quelque chose de positif, la langue française utilise la négation. "C'est bien"... Non.... ce serait beaucoup trop beau! "c'est pas mal" est beaucoup plus engageant. 

Sans même comprendre ce qui m'arrivait, je me suis vue peu à peu transformée pendant mes quatre années en Colombie, le pays où les gens les plus pauvres observent la vie avec un sourire et un espoir d'un avenir meilleur qui font face aux pires obstacles. Bien sûr, cet optimisme à toute épreuve a ses limites mais saupoudrer mon esprit franco-critique d'un peu de positif m'a fait le plus grand bien ! J'ajouterais même qu'heureusement que j'ai pu bénéficier de ce moulage avant de m'embarquer pour cette nouvelle aventure dans le désert. Mon expérience saoudienne aurait pu tourner au vinaigre balsamique sans ce petit passage préalable au pays du printemps éternel. Mon travail quotidien est d'appliquer les enseignements colombiens et d'améliorer mes compétences dans ce domaine pour atteindre plus facilement ma prochaine oasis. 

Le week-end dernier, j'ai eu l'opportunité de coacher une personne pourvue d'un optimisme très, voire trop, développé et de constater les effets néfastes que cela pouvait aussi engendrer chez cette même personne. Remarque quelque peu naïve me direz-vous mais qui saura alimenter mon petit exposé la semaine prochaine. 

Mais la leçon la plus importante m'est arrivée sur un plateau cet après-midi en la personne d'Hajar. Une visite inattendue qui a illuminé ma journée. Je l'avais rencontrée l'été dernier, nos premières conversations avaient été plutôt tendues puisque je devais lui annoncer qu'elle ne pourrait participer au projet de recherche qu'elle avait en tête. Je ne peux jamais résister à quelqu'un qui sait argumenter avec raison et qui malgré le ton insistant reste correct dans ses propos. Elle avait eu gain de cause et je lui avais trouvé un logement sur le campus. Mais l'histoire s'est compliquée lorsque les autres étudiantes qui devaient partager son appartement m'ont informée des chamailleries qui duraient depuis un an et que cette jeune demoiselle ne s'était pas nécessairement comportée au mieux. Sans prendre parti, j'ai essayé de converser avec Hajar. Je dois avouer que je suis restée quelque peu frustrée de n'avoir atteint les résultats escomptés. Au milieu de l'été, la triste nouvelle est tombée: des cellules cancéreuses ont été trouvées dans son corps. Elle restait néanmoins toujours aussi inaccessible. Même si le contact restait cordial, aucune avancée ne s'annonçait. Je dois reconnaître que j'ai même pensé que si son comportement ne changeait pas, elle aurait du mal à sortir indemne de cette difficile période. Je ne pensais pas avoir pensé à voix haute...   

En accord avec ses parents, elle a décidé de retourner aux U.S. et d'avoir un avis supplémentaire sur son diagnostique. Malheureusement, celui-ci fut très rapidement confirmé et Hajar a demandé à pouvoir rentrer en KSA et se retirer du programme. Curieusement, même si je ne suis plus supposée m'en soucier, l'envie de la contacter m'a taraudée toute l'année. Je n'en n'ai rien fait mais son nom restait ancré dans mon petit cerveau. Fort heureusement, mes collègues ont fait appel à elle aujourd'hui et nos chemins se sont croisés au détour d'une réunion officielle. 

A ma plus grande surprise, son regard envers moi s'est tout de suite illuminé et nous nous sommes immédiatement étreintes. Ce changement d'attitude m'a bien évidemment surprise mais l'histoire et le discours qu'elle m'a tenus sont encore plus puissants à mes yeux.

Elle remercie la vie pour ce qui lui est arrivé, elle considère cette triste nouvelle comme une excellente opportunité de se recentrer sur ce qu'elle voulait réellement étudier et qu'elle avait perdu de vue lorsqu'elle avait découvert la recherche sur notre campus: la médecine. En rentrant en KSA, les médecins ont avoué leur incapacité à comprendre ou traiter sa maladie et lui ont recommandé un docteur à Los Angeles (ironie du sort puisqu’elle étudiait à San Diego). Elle voyage donc tous les trois mois aux U.S. pour se faire soigner et s'assurer de la bonne évolution de la maladie. Elle profite pleinement du soutien de ses parents qui ont grandement apprécié son retour en KSA et l'ont gratifiée d'un jacuzzi dans sa chambre (oui, il fallait bien un petit détail saoudien quand même). Elle s'est inscrite dans une université relativement multiculturelle à Riyadh et parle avec passion de ses études, ses projets de se spécialiser en chirurgie et de poursuivre sa carrière aux Etats-Unis tout en servant et en découvrant son pays.

Humble, souriante, respirant la joie de vivre, je n'ai pu m'empêcher de faire le parallèle entre nos deux rencontres et de la féliciter pour cette impressionnante évolution. Alors que je la complimentais, elle m'a remerciée pour mon attention de l'année dernière et m'a présenté ses excuses pour son attitude.

Nous avons fini par découvrir notre goût commun pour les treks et qui sait nous nous retrouverons peut-être sur l'un d'entre eux puisque nous sommes abonnées aux mêmes newsgroups! 

Mais en attendant je garde à l'esprit que même dans les pires moments, il est important de regarder les épreuves avec un œil positif et de ne pas perdre son esprit de résilience de vue. La vie finit toujours par vous récompenser à moyen terme.       

vendredi 6 mai 2016

Les taxis et moi... Une histoire d'amour (ou pas) !

Vous aviez peut-être apprécié (ou pas) mes histoires de taxis colombiens qui souvent se terminaient en demande en mariage. Grande nouvelle, cette fin heureuse ne risque pas de m'arriver dans ce doux nouveau pays d'adoption. 

Même avec la plus grande volonté, garder son calme et une diplomatie à toute épreuve est terriblement difficile. Bien sûr, une fois de plus ces conducteurs ne sont nullement responsables de la situation dans laquelle on les met : ils sont probablement payés une misère, ne parlent pas anglais (ni arabe) et ne connaissent en rien la ville. Certains ne savent même pas s'orienter sur notre campus, alors Jeddah vous n'y pensez pas!

Ma première expérience désagréable s'est déroulée il y a 15 jours lorsque nous avons décidé, jeunes femmes indépendantes de nous rendre à une nouvelle expo d'art à la galerie Alamania. Plus de 30 artistes étaient représentés et proposaient deux sketches chacun. Après un long et douloureux périple, de nombreux appels à un ami peintre pour nous guider, nous avons enfin trouvé la petite maison,  rencontré et échangé avec les artistes en personne. 
Nous avions eu la génuine idée de faire d'une pierre deux coups et de nous rendre à une deuxième expo "The arabian wings", soit disant située dans les proches environs. Nous étions lundi soir mais après tout quitte à voyager tout ce chemin, autant en profiter pleinement. Bien sûr entre théorie et réalité, il y a toujours une variante et la flexibilité s'impose d'elle-même. 


Notre flexibilité a néanmoins été mise à rude épreuve. Le chauffeur ne nous comprenant pas bien semblait prendre les routes opposées à celles demandées. Lorsqu'il s'est senti perdu, il a fait appel à un ami qui, bien sûr, ne comprenait pas mieux et nous a assimilées aux étrangères habituelles qui probablement au lieu de prononcer Alhyatt voulaient aller à IKEA. Toutes nos tentatives d'explications et de redirections sont restées vaines jusqu'à ce que désespérées nous avons dû nous rendre à l'évidence qu'à cette heure tardive l'expo était probablement déjà fermée. 

Retour à la maison. Ce ne devrait pas être trop compliqué, hein? Vous savez comment rentrer? Eh bien oui bien sûr! Alors pourquoi est-ce que vous allez dans le sens opposé de ce qui est indiqué sur le GPS? Tout simplement parce qu'il ne connaît qu'une seule manière de retrouver Medinah road et que nous ferons un nombre impressionnant de demi-tours pour retrouver le seul chemin qu'il connaissait. Et bien sûr, il aurait aimé avoir un pourboire... Pourquoi n'a-t-il pas de GPS me direz-vous? Tout simplement parce que la société qui les paie une misère considère qu'ils doivent se le procurer eux-mêmes. A priori ils doivent aussi se former eux-même et apprendre l'anglais tous seuls? Cela ne fait pas un peu beaucoup quand même? Incroyable, à notre époque, que les choses puissent encore se dérouler ainsi. :-(

Confiante, j'analysais cette situation comme le résultat d'un piètre choix de la compagnie (nous en avons trois sur le campus) mais la vie a décidé de me démontrer que j'étais encore une fois trop utopique. Hier soir, jeune femme indépendante, j'ai souhaité me rendre seule à Jeddah pour rejoindre une amie pour une intéressante expo d'art. Eh oui encore... Qui a dit qu'il n'y avait pas d'art qui vaille en KSA? Je ne prenais pas un très grand risque en y allant seule puisque le lieu était situé entre deux centres commerciaux très réputés. J'admets, je n'ai aucune idée comment m'y rendre seule, mais c'est bien la raison pour laquelle je fais appel à un taxi, non? Je me suis donc assoupie gaiement après ma longue semaine de travail jusqu'à ce que ce monsieur me demande en un pseudo-anglais de regarder mon app pour savoir où nous devions nous rendre. Mon app? Euh... n'es-tu pas supposé savoir où je dois aller? Fort heureusement ma bonne étoile m'a immédiatement montré le bâtiment où je devais retrouver mon amie. 
Où est l'entrée exactement, là où il souhaite sans aucun remords me laisser ne montre aucunement le signe d'une porte d'entrée. Je doute sincèrement et fortement être au bon endroit. Petit appel à mon amie saudi, qui me le confirme. Comment ce chauffeur pouvait-il même imaginer me laisser à cet endroit toute seule, par cette chaleur il espérait peut-être que j'allais m'amuser à me promener et à demander mon chemin à qui mieux-mieux avec mon abaya? 

Avant de le quitter, je lui demande d'informer l'entreprise que je souhaite changer mon horaire de retour et retarder d'une heure. Il m'assure qu'il vient de le faire... Sauf que... A 20h40 (parce que bien sûr ils arrivent toujours bien plus tôt que prévu, on est supposée ne pas avoir de vie ou quoi??) un autre chauffeur m'appelle pour m'annoncer qu'il m'attend je ne sais où. Après négociation délicate avec le chauffeur, puisqu'une fois de plus nous n'avons pas de langage commun, l'entreprise m'appelle. Alors que mon interlocuteur essaie de me faire passer pour une mauvaise cliente et voulant m'octroyer le paiement d'une heure d'attente, je finis par avoir gain de cause. On me récupérera à 22 heures et je paierai la course normale. 

Bien sûr à 21h40, un nouveau chauffeur m'appelle (grrrrrr) et souhaite venir me récupérer. Non merci, je suis toujours en train de dîner. Mon amie tente sereinement et clairement de lui expliquer comment nous retrouver au restaurant situé à 10 mètres de là où il se trouve. Bien sûr, impossible pour lui de comprendre comment nous localiser. Mon amie offre donc de me conduire à lui. Grrrrr.

Rentrée indemne, je redoute déjà la prochaine invitation à sortir. Je ne peux quand même pas toujours dépendre de mes amis pour sortir librement ! Définitivement, mon séjour ici aura lourdement appuyé sur le levier "indépendance" qui semblait un peu trop fortement me représenter pendant toutes ces années. 

vendredi 29 avril 2016

En route pour le Whabah Crater...

Je ne voulais pas y aller, j'avais trop de choses en retard avec ma formation et la route me paraissait longue... L'idée de passer la nuit à la belle étoile m'enchantait mais les effets néfastes pour le reste de la semaine risquaient de générer des difficultés supplémentaires dans ma routine quotidienne déjà suffisamment compliquée.  

Mais voilà, K. avait décidé qu'il me ferait entendre raison : apparemment ma participation était requise pour que le voyage ait un sens. A. n'ayant absolument aucune envie de passer une nuit sans commodité, l'agenda touristique a été rapidement transformé. Nous ferions la route dans une seule journée et pour éviter la chaleur, nous nous lèverons à 4 heures du matin. Great... Quelle joie!

Bien évidemment, comme je ne fais jamais les choses comme il le faudrait, j'avais un dîner intelligence émotionnelle le jeudi soir. La nuit fut courte et je me suis réellement demandé pourquoi je me levais si tôt pour voir un volcan en KSA. 

Un volcan en KSA, cela aurait quand même dû me mettre la puce à l'oreille... Ce n'est pas commun. Il y en a deux près de chez nous : le Whabah crater et le White and Black Volcano. Le deuxième est encore plus impressionnant il paraît, mais mon petit doigt me dit que j'aurai probablement peu de chances de le voir. La saison devient très chaude et les voyages dans le désert vont se limiter malheureusement, entre autres...

Le paysage initial, une autoroute rectiligne avec de chaque côté un désert de rocs toutes plus sèches les unes que les autres, nous a très vite propulsées dans un sommeil profond. Mais quelques heures plus tard, nous avons remercié la pluie des jours précédents, elle nous a offert un paysage époustouflant aux aurores. Peu de personnes peuvent se vanter d'avoir eu cette chance, je pense.
L'arrivée au volcan fut quelque peu surprenante car jusqu'à la dernière minute, il nous semblait que ce volcan n'était qu'une simple invention de l'esprit. Le paysage paraissait identique et des plus plats de tous les côtés.

Finalement, il est apparu au bout d'une très belle route. Certains bons hommes avaient déjà pris position des cabanes pour faire leur barbecue et probablement prier (bon, j'extrapole ici, après tout on était vendredi, ils auraient dû en effet être dans cette optique. Mais les voix de ces bons petits hommes sont impénétrables, nous avons donc pris grand soin de ne pas nous approcher trop lourdement de leurs véhicules. D'autant que,  nous, petites femmes en particulier n'avions aucune envie de devoir gérer la randonnée qui nous attendait en Abaya!


La descente, et dieu sait que j'aime les descentes, s'est effectuée beaucoup plus simplement que prévue. J'ai pu vérifier une fois de plus que les chaussures de randonnée servent réellement leur objectif. Même si, comme à mon habitude, j'ai terminé les pieds complètement ankylosés. Il est temps que je retrouve un bon orthopédiste.  Mais je m'éloigne encore une fois de mon sujet. Se retrouver au centre du cratère, devant cette immensité et observant le sol parsemé de copeaux de sels (?) a totalement dissipé les doutes du réveil douloureux.

Une petit merveille de paysage comme on en voit rarement et surtout jamais avec si peu de touristes. Jugez par vous-mêmes :-)

vendredi 8 avril 2016

Why do you care?

Cette question continue de résonner dans ma petite tête...

C'est vrai, pourquoi est-ce que je m'en fais d'être arrivée 14 fois en retard ce mois-ci? Enfin, quand je dis "retard", dans certaines cultures arriver à 8.15 au lieu de 8.05 relève de la ponctualité!

Non, ce n'est pas tant le fait d'avoir été gentiment rappelée à l'ordre sur ce sujet qui m'embête. Je pensais bien qu'un jour ou l'autre cela finirait par m'arriver. Mais c'est plutôt le fait que :
- je sois interpelée par un autre manager que le mien et que par ce biais j'apprenne sympathiquement que mon manager ne rentre que la semaine suivante. Donc expliquez-moi bien... Je me fais engueuler parce que j'arrive 10 minutes en retard la moitié du temps (mais au passage je pars au moins 30 min plus tard le soir quand ce n'est pas deux heures car je bosse avec les U.S. et leur journée commence quand la mienne se termine); mais mon chef a la puissance de ne pas m'informer de son retour au boulot le jour convenu et de retarder tous mes dossiers urgents d'une semaine. Oui, that makes sense!

- finalement mon chef est revenu deux jours plus tôt... Bien sûr, là encore je l'apprends par l'autre manager. C'est tellement plus simple la communication radio-corbeaux que les informations par e-mails ou textes interposés. Après tout ces technologies elles ne font que vous empoisonner la vie! - lorsque je me réunis enfin avec lui, aucune mention n'est faite de mes retards. La technique de l'autruche et de son trou fonctionne plutôt bien dans le désert :-)

Mon souci également c'est que mon cerveau semble vouloir se rebeller contre toute forme d'obligation. Je n'ai aucun problème pour arriver à l'heure à tout autre réunion ou lorsque j'ai quelque chose d'important prévu le matin. Mais mon petit tempérament français semble considérer que cette règle est absurde et par conséquent tout mon organisme refuse de s'y conformer. J'ai eu beau essayer de ne pas chatter avec la Colombie au petit matin, m'organiser pour me lever un peu plus tôt, ma sortie de la maison reste fixer à la même heure.
Que puis-je y faire? Ce n'est pas moi, c'est mon corps qui décide. Humm, je doute que cet argument soit très convaincant devant le jury final. :-)

Why do I care?
Pour ces pauvres philippins sur le campus?
Parce que nous avons une société à deux vitesses ici et que beaucoup semblent préférer fermer les yeux. Ils sont tellement gentils, se rappellent de votre nom et de vos habitudes mieux que vous. Ils ont une voix si douce et sont constamment à votre service que ce soit pour le ménage, les réceptions téléphoniques ou dans les gymnases pour nous aider à améliorer notre technique de natation, d'escalade... Et pourtant, dieu seul sait pourquoi mais certaines personnes ne daignent même pas leur adresser la parole gentiment.

Ils vivent dans des bungalows à l'extérieur de notre campus (dans quelles conditions?), travaillent douze heures par jour, une journée de repos par semaine et deux semaines de vacances tous les deux ans. Ils gagnent un salaire de misère et malgré tout ils envoient tout ce qu'ils réussissent à économiser à leur famille au pays. Ils se considèrent heureux d'avoir ce travail et cette vie relativement facile.

Comme si la vie n'était pas assez difficile pour eux, ils vivent actuellement un changement d'entreprise et sont voués à rester dans l'incertitude sur leur devenir pendant deux mois. Vous ne pouvez imaginer leur état et la tristesse qui se lit sur chacun de leurs visage. Je comprends que les rachats d'entreprise ont lieu partout et que la notion de changement ne plaît jamais à personne mais sur un si petit campus, pour des gens qui vivent déjà dans des conditions désastreuses, ne pourrait-on pas abréger un peu la peine?

C'était mon coup de gueule de la semaine ! A voir si Ratatouin réussit à débloquer cette situation...

samedi 26 mars 2016

Flower Festival in Yanbu

L'"été dernier", un petit air de mélancolie était venu brisé la monotonie du désert saoudien lorsque j'avais soudain réalisé que je manquais pour la première fois en cinq la fameuse "Feria de las flores". Le jardin botanique et sa magnifique collection d'orchidées me manquait terriblement. Imaginez, je n'avais pas la possibilité de mitrailler mes 500 habituelles photos et de passer ensuite des heures à les sélectionner et retoucher tout en m'émerveillant mille et une fois de la beauté de cet événement.

Vivant désormais dans le désert où les fleurs se font plutôt rares, je ne m'imaginais retrouver une telle sensation en KSA. Mais c'était sans compter sur le festival des fleurs de Yanbu, une petite ville située à 2h30 de notre campus. Nous avons été plus qu'impressionnés par la propreté de cette ville, son organisation et ses bâtiments semblaient vraiment très bien gérés. J'ai ensuite appris par l'un de mes étudiants que c'est probablement la ville la moins corrompue de KSA et qui offre la meilleure éducation publique de tout le royaume.

Apparemment, ce festival existe depuis des décennies et son parterre de fleurs est reconnu comme le plus grand au monde. Malheureusement, pour d'obscures raisons, ils avaient dû l'interrompre pendant quelques années. Je dois reconnaître que je suis bien heureuse qu'il ait pu se reproduire cette année. Je ne m'attendais pas à une telle organisation ni à ce que ces fleurs puissent tenir par une telle chaleur pendant trois semaines ainsi! Un projet ambitieux, très formellement organisé pour le plus grand plaisir de toutes les familles saoudiennes. Même si encore trop peu d'entre elles sont conscientes que ce festival existe. Mes amies de KSA menacent de me faire changer d'emploi et de m'embaucher comme guide touristique dans leur propre pays :-)

Dans 15 jours, c'est le festival des roses à Taif. Encore une belle promenade en perspective ! Enfin... si le temps le permet car aujourd'hui nous sommes tous contraints à rester enfermés pour cause de tempête de sable. Cela fait penser à une tempête de neige mais en plus jaune et chaud :-)




mercredi 16 mars 2016

Jeddah, c'est aussi une magnifique architecture!

Dr. Sami Angawi, architecte et historien saoudien renommé internationalement, a souhaité, avec sa famille, célébré et perpétué la beauté du patrimoine local en construisant leur maison, il y a 20 ans dans le plus pur respect de la tradition.

Dans un quartier hautement résidentiel, ils ont investi 10 ans de leur vie dans cette magnifique mansion, aux portes divinement ornées et vieilles de 200 ans, aux lustres et lumières naturelles exceptionnellement bien placés pour que vos yeux puissent sereinement observer chaque détail si parfaitement pensé tant dans la décoration, l'atmosphère ambiant, les plantes que l'organisation spatiale.

Un véritable musée, doté d'une âme réelle, douce et accueillante, puisque toute la famille habite cette maison dont les portes s'ouvrent régulièrement. Le but ultime? Bien sûr derrière l'aspect philanthropique, l'architecte aimerait bien pouvoir construire d'autres dizaines de maison identiques (il faut compter environ 3 ans dans ce cas pour voir son rêve devenir réalité) mais j'ai eu la sensation que ce qui les anime réellement reste l'amour de la beauté, du design et l'incitation à créer et conserver le patrimoine local.

Madame Angawi semble avoir une personnalité ouverte, chaleureuse et toujours prête à partager ses idées et son enthousiasme. Cette famille semble une nouvelle fois confirmer que la réalité KSA est bien éloignée des stéréotypes que les journaux veulent bien montrer.
Leur fils expose actuellement ses travaux sur le bois dans Al Balad. J'espère aller découvrir son art très bientôt!

En attendant, ce week-end c'est festival des fleurs à Yanbu! Il faut croire que ma tristesse à l'idée de ne pouvoir participer à la Feria de las Flores a été entendue; je vais même pouvoir compenser cette lacune en KSA. Tout peut arriver, à qui sait patienter! :-)


mardi 8 mars 2016

To the Empty Quarter


Me voici de retour dans ma petite vie paisible... je ne pensais pas que cela serait possible mais, si, j'apprécie de pouvoir enfin rester "tranquille" à la maison et de retrouver mes petites habitudes du week-end sédentaire: la planche à voile était au rendez-vous ce week-end avec un bon vent de 18 nœuds et surtout un peu de sommeil a été rattrapé. Mais ne vous y méprenez pas, il était tout de même fort agréable de découvrir une autre magnifique région de KSA. 

L'Empty Quarter est à environ trois heures de Riyadh apparemment. L'aller entre Riyadh et Rub Al-Khali s'est fait en avion, le retour en jeep fut plutôt chaotique et mon dos s'en est souvenu pendant quelques jours, mais les paysages ont réussi à apaiser les soubresauts. Le guide nous a gentiment prévenu initialement que les chauffeurs n’utilisaient le GPS qu'en cas d'extrême urgence, dans ce voyage ils se guideraient au soleil et aux différents éléments naturels que l'on rencontrerait sur la route. Ce dernier point est particulièrement intéressant lorsque l'on sait que les dunes bougent constamment et que je n'étais même pas capable de reconnaître le paysage du soir au lendemain matin. 
Après une première nuit à la belle étoile dans ce désert de pleine lune, nous avons pu visiter Alfaw Ancient City (Capital of Kinda Kingdom). Un site digne des plus beaux sites archéologiques de la grèce antique, qui bientôt sera payant et rempli de touristes. En tous cas, c'est ce que l'on peut souhaiter de mieux pour qu'il puisse se conserver complètement car à force de le piétiner, la roche risque de s'effriter et ce monument se détériorer.   

Le déjeuner nous a typiquement servi le riz et son poulet assaisonné si naturellement saoudien. Il a bien sûr fallu participer à la vaisselle lorsque tout le monde eut fini. La vaisselle, de l'eau dans le désert gaspillée pour ces messieurs-dames? Et puis quoi encore! nope, les assiettes seront nettoyées soigneusement au gré du sable. Une technique très efficace, je me demande pourquoi nous nous encombrons de tous ces produits chimiques!


Les ballades dans les dunes qui ont suivi ont donné lieu à de nombreuses compétitions entre les différents chauffeurs tous plus extravagants les uns que les autres. Fort heureusement, le nôtre était plutôt tranquille et perfectionniste; il nous a ainsi mes douces frayeurs et les enlisements au beau milieu d'une dune. Chacune de nos promenades était bien sûr rythmée au doux son de la prière et des rituels spirituels. Une bonne excuse pour se laisser bercer par le vent et "déguster" un peu de ce sable rougeâtre.
Comble du comble, notre sommeil étoilé a été interrompu par... la pluie! Oui, vous lisez bien. Quelle est la probabilité qu'il puisse pleuvoir dans le désert juste lorsque vous décidez de profiter pleinement de cet espace naturel? Nous avons tous initialement pensé rêver lorsque les premières gouttes sont venues picoter notre doux visage bien endormi. Nous étions tous persuadés, jusqu'à ce que se profilent les éclairs, que ce n'était qu'une petite pluie sans autre conséquence. Mais... 10 minutes plus tard nous nous hébergions tous dans nos voitures respectives en essayant de retrouver un sommeil un tant soit peu paisible. Mais que peut-on espérer lorsque l'on vient juste de gouter au doux plaisir de dormir en plein air avec l'univers comme plafond?

Le dernier jour nous a permis de découvrir la diversité de ce que l'on nomme banalement le désert. Il y a des dunes longues, des jaunes, des rouges, des rocailleux... Chaque heure nous apportait un nouveau paysage à couper le souffle, jusqu'à ce que nous arrivions à cette endroit magique: le dry river bed. Cela m'a beaucoup rappelé Pamukkale, en plus petit et moins touristique (ce qui ne gâche rien).


Voir un ruisseau, un cratère et pouvoir se promener à sa guise en regardant le soleil se coucher... Nul besoin de dire que la route à l'aéroport nous a semblé bien sinistre! Prochain départ: live on board trip for the whaleshark fin avril.